Qu’est-ce que j’écrirais si j’étais la réincarnation de Paul Loup Sulitzer ? Découvrez-le aujourd’hui et laissez-vous embarquer dans une mer de poncifs bleus.
Je parle le français de Saint-Tropez.
Je dors dans les palaces de Floride.
Hier, Poutine m’a chaleureusement serré la main.
Pourtant, ce succès n’a jamais été une évidence.
Plus que d’autres, j’ai dû affronter l’adversité.
J’étais un enfant seul, singulier et triste, avec des domestiques pour seuls amis. On me donnait du monsieur dès mes quatre ans.
J’étais le plus obligeant de tous les petits comtes.
Aujourd’hui, je fréquente les femmes les plus délicieuses.
Je leur mets la main au cul pour qu’elles gloussent où me jettent des regards glacés à congeler un Esquimau.
Je ne laisse jamais indifférent.
Je suis un wildcater, un récoltant sauvage d’amitiés glamour.
J’en parle dans un de mes ouvrages resté confidentiel car trop avant-gardiste.
Je l’avais écrit chez mon ami Hervé, dans son chalet suisse.
Je me souviens être resté tétanisé, moi être aptère, en
regardant le ciel noir parsemé d’étoiles millénaires si
éloignées de notre modernité insatiable.
Mais les autres, qui baisent dans les lits des maîtres
et ne le seront jamais eux-mêmes, ne comprennent
pas la profondeur de mon esprit.
Mon ami Hervé dit que je suis comme Bouddha, que me connaître est une expérience mystique qui fait grandir.
Je l’invite souvent à déjeuner au Four Season.
Je crois qu’il a raison. Toute ma vie, j’ai été un défricheur, un bâtisseur de temple d’où nous est venu le mot contempler.
Je suis fort triste que mes compatriotes ne le comprennent pas encore.
La réussite préside ma destinée.
Je parle le français de Saint-Tropez.
Il y a plus d’un an, je publiais sur ce blog « Quelques règles de conduite fondamentales à destination de l’automobiliste travailleur« , un texte écrit lors d’un atelier de poésie de lecture révolutionnaire.
On ne s’était pas arrêtées en si bon chemin puisque, par la suite, nous avions répété l’exercice en le consacrant, cette fois-ci, à la poésie bourgeoise. Nous avons passé un après-midi à lire et piocher dans des livres, aussi variés que des romans, des essais, des récits de voyage, écrits par des hommes blancs, hétéro et bourgeois.
Pour produire la litanie de poncifs que vous venez de lire, j’ai été piochée dans un bouquin d’Emmanuel Carrère1, un autre de Paul-Loup Sulitzer2 et un essai d’un historien de l’art dont j’ai oublié le nom. Un camarade de jeu à quant à lui écrit un pastiche de Sylvain Tesson.
Durant cette séance, nous avons laissé libre cours à la moquerie, au cynisme et à la parodie. Le seul intérêt « littéraire » de ce texte est d’utiliser quelques mécaniques d’écriture bien stéréotypées, repérées durant l’atelier, comme la fausse provocation, le recours à une vulgarité calculée, les comparaisons limites (je n’ai pas inventé celle des Esquimaux, terme par ailleurs totalement colonial et qui ne recouvre aucune réalité), l’absence de d’empathie pour l’altérité, et – surtout – la glorification de la fameuse « singularité » de l’écrivain.
Cette singularité qui placerait « l’auteur-génie » au-dessus de la morale ordinaire ou lui donnerait un forme d’autorisation au scandale. Mais tout ça est très bien expliqué dans cette vidéo sur laquelle je vous laisse !



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