«I don’t want my fangs too long » : mon top 3 de nouvelles de vampires

Découvrez mes trois nouvelles de vampires préférées. Au programme : du vampire rural serbe, une revanche d’artiste espagnol à Paris et du désir féminin dans un château isolé en Styrie.

Autant le dire tout de suite, vous ne trouverez dans ce top aucune référence à Bram Stocker ou à Anne Rice. Premièrement, je n’ai jamais lu Dracula et j’ai des souvenirs vraiment trop lointain d’Entretien avec un Vampire pour en dire quelque chose d’intéressant.

Bon et sinon, qu’est-ce qu’on écoute en lisant ce billet ?

(Attention, il ne s’agit pas de Léon bien qu’ils sont lointains parents)

Lu dans Anthologie du fantastique, tome 2, dirigée par Roger Caillois, chez Gallimard. La nouvelle est aussi disponible en ligne.

De la mésaventure du marquis D’Urfé en Serbie en 1759. Alors qu’il fait étape dans un village, il est accueilli dans l’unique famille qui vit encore là et qui attend depuis plusieurs jours le retour du patriarche : Gorcha. Celui-ci est parti chassé un brigand (et pourquoi pas ?). Avant son départ, il a donné la consigne suivante:

Attendez-moi pendant dix jours, et, si je ne reviens pas le dixième, faites-moi dire une messe de mort, car alors je serai tué. Mais, […] si (ce dont Dieu vous garde) je revenais après les dix jours révolus, pour votre salut ne me laissez point entrer. Je vous ordonne dans ce cas d’oublier que j’étais votre père et de me percer d’un pieu de tremble, quoi que je puisse dire ou faire, car alors je ne serais qu’un maudit vourdalak qui viendrait sucer votre sang.

Le vourdalak étant un vampire dont la particularité est de boire le sang des membres de sa propre famille.

Alors oui, c’est une consigne plutôt radicale et, comme on peut s’y attendre, il revient quelques minutes après la fin du dixième jour ! L’histoire se développe alors dans l’intimité dangereuse et pesante de cette famille, qui « vit » sous la menace d’un père brutal à l’haleine de cadavre.

  • Parce que c’est une version rurale du vampire : ça se passe dans un village serbe et le vourdalak est un paysan. C’est un pas de côté même si on reste, par ailleurs, en plein trope du voyageur dans des espaces qui nous sont présentés comme archaïques et inquiétants. D’ailleurs, le fait que l’histoire prenne place « à la campagne » et qu’elle soit racontée du point de vue d’un marquis français vient complètement renforcer ce trope…
  • Parce qu’on est vraiment pris au piège, comme D’Urfé, de la lourdeur du huis clos familial et de la terreur provoquée par le patriarche.
  • Parce que c’est un écrit de jeunesse écrite en français par un auteur russe qui a ensuite évolué dans un tout autre style.

Par contre, je n’ai pas été convaincue par le film.

Lu dans La nuit des Halles, Editions Phébus, Paris, 2002

Un homme, marchand d’art, est torturé chaque nuit par son double, son « être vasculaire » fait uniquement de sang, de veines et d’une paire de mains. L’homme se réveille chaque matin plus faible que le précédent sans que son ami, professeur de médecine, ne réussisse à le soigner. Un soir, ses anciens collègues galeristes lui rendent visite et évoquent un certain El Chupador. Ce peintre espagnol que personne ne connaissait est entrain de devenir un véritable phénomène. L’homme se remémore alors sa première rencontre avec lui.

Un extrait :

Alors l’impitoyable main frappe mon aorte qui explose, telle une grenade… Ses éclats, milliers de goutes durcies, corallines perles humaines, bourdonnent et roulent partout dans la pièce pendant que, souffrant les milles morts, mes yeux hagards suivent désespérément la course de mes joyaux perdus.
D’un brusque revers, la même main pulvérise mon artère humorale qui cataracte aussitôt avec un bruit de verre brisé, criblant l’obscur alentour d’une brève féérie de points vermeils.
Le corps transpercé par une myriade d’étoiles incandescentes, j’agonise face à mon propre spectacle. »

Pour trois raisons :

  • L’absence de relation de fascination et de romantisme (ici, on joue dans la team des charognes)
  • La langue de Seignolle
  • La description de la douleur : le sang et le corps du « malade » sont omniprésents. Les sensations sont hyper palpables.
  • Parce que j’aime cette idée du sang considéré comme un véhicule de souvenirs et un accès vers l’au-delà. Le vampire est un artiste qui pompe la vie / le vécu des gens qui l’entoure.

Voilà un texte qui se situe entre la longue nouvelle et le roman très court. L’histoire prend place en Styrie (Autriche) dans un château où vivent isolés, avec quelques domestiques, un ancien militaire et sa fille de 19 ans, Laura. Il recueille Carmilla suite à une panne de carrosse (ça peut aussi arriver ok !). Les deux jeunes femmes nouent alors une relation d’amitié et de désir, dans une atmosphère onirique :

Elle enlaçait mon cou de ses jolis bras, m’attirait à elle et, posant sa joue contre la mienne, murmurait en effleurant de ses lèvres mon oreille :
– « Ma chérie, ne me crois pas dure parce que je cède à la loi irrésistible qui fait ma force et ma faiblesse. Si ton cœur est blessé, mon cœur à moi saigne avec le tien. Je vis de ta vie chaude, et toi tu mourras – tu mourras doucement – de la mienne. C’est ainsi, je ne peux rien empêcher. Comme je vais vers toi, à ton tour tu iras vers d’autres et tu connaitras l’ivresse de cette cruauté qui est quand même de l’amour. »

  • Parce qu’elle annonce Dracula
  • parce qu’elle concentre le meilleur du roman gothique
  • Parce qu’on pourrait imaginer une autre fin qui ne soit pas une validation de la morale victorienne.

Il y a sans doute beaucoup d’autres textes qui mériteraient d’être mis en avant mais c’est un top limité à ce que j’ai déjà lu ! La section commentaire serait donc parfaite pour recueillir vos suggestions.

PS: Merci à Emma pour l’inspiration du thème de cet article et d’avoir bien voulu préparer avec moi la prochaine proposition ! See you dans 15 jours ! Ciaaaaaaoooo

L’illustration de l’article est Vampyr, peinture sur toile d’Edvard Munch, 1895.


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