Zines et littérature fantastique

Celles qui se dévoraient des yeux

Juste à temps pour la semaine d’Halloween, voici une nouvelle histoire. Intitulée « Celles qui se dévoraient des yeux », il y est question d’amitié, de nuits communes, de pacte d’adolescentes et … d’un meurtre sordide. Je vous laisse la découvrir dans cet article en vous faisant le topo de sa création.

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Des poubelles pour point de départ – shlag story

J’ai commencé à écrire Celles qui se dévoraient des yeux, très peu de temps après avoir terminé la mise en page de Natrix Somnia. A ce moment-là, j’avais envie de faire un texte très court, sans y mettre d’enjeu particulier si ce n’est celui de m’amuser.

J’ai un cahier dans lequel je note des idées d’histoires, de personnages, de situations, de citations, etc. Parmi les idées dans lesquelles piocher, j’avais écrit Poubelles de la gare de Lyon.

A priori, pas vraiment un truc sexy mais ça me trottait dans la tête depuis un séjour à Paris il y a deux ans environ. J’avais dû attendre mon train retour un bon moment dans le hall de la gare. Il y avait étrangement peu de monde ce jour-là et j’étais près des poubelles de tri.

Un homme est arrivé. Il s’est mis bien en face et a crié quelque chose que je n’ai pas compris avant d’y mettre un coup de pied. Bon, c’était déjà un peu étonnant mais j’ai vu des actions plus baroques dans ma vie, donc je suis assez vite passée à autre chose. Moins de dix minutes plus tard, c’est une femme qui s’est arrêtée devant et s’est mise à hurler…en allemand. Je n’ai pas non plus compris ce qu’elle disait. Voilà le point de départ de cette histoire : comprendre quel était le problème avec ces poubelles.

Ma première et seule hypothèse était qu’un démon vivait à l’intérieur et usait les gens de passage, qui finissaient par rester et devenir fou.

La stratégie de l’échec

C’est grâce à un planning mal établi et à une mauvaise hygiène de vie que vous pourrez échouer dans de bonnes conditions.

J’ai voulu me donner pour contrainte d’en faire une histoire uniquement basée sur un échange de SMS entre un couple. Ma première tentative a été un échec pour une raison très simple : je n’avais aucune histoire solide et détaillée. Juste un délire sur des poubelles. C’est donc devenu autre chose avec une nouvelle contrainte qui était de ne pas dépasser 4 000 mots (c’est un échec aussi).

Heureusement, plusieurs choses se sont passées en même temps qui m’ont permises de continuer vers un truc cool. Premièrement, j’ai lu le manuel de Pauline Mauroux, De l’idée banale au scénario génial (Je cochais bien la première case du titre, pour la seconde, ça reste à voir).

J’ai aussi publié mon top trois de nouvelles de vampires, partagé une playlist collective pour les broucolaques, listé des films avec E. pour proposer un cycle (on n’a pas vraiment avancé sur ce sujet depuis – appel du pied wink wink) et tout ça m’a ouvert les yeux sur l’évidence qui se cachait dans ma tête. J’étais entrain d’écrire une histoire de vampirisme.

A ça, ajoutez

  • la lecture de Viande, une excellente nouvelle de Mariana Enriquez publiée dans les Dangers de Fumer au lit, dans laquelle deux adolescentes deviennent les prophètes d’une nouveau culte anthropophage.
  • l’épisode d’Affaires Sensibles sur la collision de deux trains gare de Lyon, le 27 juin 1988.
  • la relecture d’El Chupador de Claude Seignolle.
  • à la toute fin, le visionnage de The Lost Boys, réalisé par Joël Schumacher.

I still believe headbanguer sur Tim Capello au saxo

Voilà, tout ça vous donne un bon aperçu des mes influences pour Celles qui se dévoraient des yeux.

L’IA c’est caca [pipitaliste]1

Tous mes livres, tous ceux qui ont été traduits aux États-Unis, ont été mangés par la machine. Et je devrais me justifier, alors que l’IA m’a tout pris, sans mon consentement, alors qu’elle entre dans mon écran, de force, je devrais me justifier de savoir si Pangram a trouvé […] ? Mais Pangram va te faire foutre, j’ai pas à me justifier.»

Coup de gueule de Virginie Despentes

Pour cette nouvelle, j’ai testé l’usage de ChatGPT pour une relecture d’une version intermédiaire, histoire de mieux appréhender « toutes ces choses dont on parle » et pour lesquelles, globalement, je me sens assez larguée. J’ai beaucoup hésité à donner ce texte « à manger à cette machine », qui bénéficie à des géants de la tech antisociaux. Je me suis même sentie légèrement coupable. J’ai donc appuyé, sur la touche Entrée le doigt tremblant (quel drama).

Je venais d’envoyer une première version à mes béta-lectrices qui sont des humaines de très grande qualité. J’étais en attente de leurs retours. Mais l’impatience…avec ChatGPT, le retour était immédiat. J’ai demandé « un avis le plus critique possible ». La réponse était malgré tout hyper lèche-botte. Les retours sur les faiblesses du texte n’étaient pas tous faux : un déséquilibre sur le déroulé chronologique, une narratrice à la personnalité insuffisamment marquée. Mais ce sont des points que j’avais déjà identifiés grâce au livre de Pauline Mauroux ou sous ma douche après plusieurs jours de réflexions digestives. Je savais déjà quoi mettre en place pour y pallier. Je n’ai retenu qu’une seule de ses propositions d’améliorations qui était de rendre plus clair un mécanisme que je ne peux pas dévoiler ici sans spoiler.

Globalement, c’était beaucoup de portes ouvertes enfoncées à coup de techno autoritaires. « Autoritaires  » parce qu’une fois que tu as mis le pied dedans, c’est dur de ne pas pousser plus loin et de ne pas lui déléguer l’ensemble de tes capacités d’imagination. Je crois que c’est d’ailleurs un des pièges « de toutes ces choses dont on parle » : ça devient très vite aliénant. La preuve : j’ai ensuite demandé une relecture orthotypographique. Je fais de très nombreuses coquilles, j’ai un gros problème avec la conjugaison et mon clavier fait sauter une voyelle sur deux. Résultat = c’était bien utile pour la concordance des temps. Mon compagnon est carrément impressionnant puisqu’il a encore trouvé des erreurs ensuite.

A la toute fin, je lui ai aussi demandé de transformer la nouvelle en version sms histoire de boucler la boucle, mais le résultat est un peu chiant alors je vous l’épargne.

A l’avenir, si je dois à nouveau négocier avec ma conscience, je préfère le faire en acceptant d’écrire et de partager des trucs mauvais, de le faire péniblement, de le faire lentement, pour que l’écriture reste une pratique d’apprentissage, de joie, de doutes, sans injonction de performance ou de rapidité, en bref une forme de pratique de résistance.

  1. ça c’est intertitre intelligent qu’on attend de quelqu’un qui écrit régulièrement ! ↩︎


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