{"id":1167,"date":"2026-03-02T18:00:00","date_gmt":"2026-03-02T17:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/lettresdephobos.com\/?p=1167"},"modified":"2026-03-17T10:05:17","modified_gmt":"2026-03-17T09:05:17","slug":"dans-la-vallee-de-lombre-et-de-la-mort-natrix-somnia-7-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/2026\/03\/02\/dans-la-vallee-de-lombre-et-de-la-mort-natrix-somnia-7-7\/","title":{"rendered":"Dans la vall\u00e9e de l&rsquo;ombre et de la mort &#8211; Natrix Somnia 7\/7"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-background\" style=\"border-width:4px;background-color:#cc5a43\"><strong>Aujourd&rsquo;hui, avec ce dernier chapitre de <em>Natrix Somnia<\/em>, vous allez enfin d\u00e9couvrir ce qu&rsquo;il se passe dans la cave de <em>An Hu\u00f1vre<\/em>, qui est la cr\u00e9ature et ce qui est r\u00e9ellement arriv\u00e9 \u00e0 Ga\u00ebl. \u00c7a va \u00eatre intense !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<div style=\"height:44px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Quand Am\u00e9lia se gare dans le jardin, l\u2019herbe, l\u2019air, le sol, tout est gel\u00e9. La voie lact\u00e9e forme une cicatrice d\u2019\u00e9toiles sur la peau noire du ciel. Elle reste appuy\u00e9e contre la porti\u00e8re de sa voiture, prend quelques instants pour regarder au-dessus d\u2019elle, souffle dans ses mains pour les r\u00e9chauffer. Elle se dit qu\u2019elle pourrait tout laisser tomber, partir sans ne rien dire \u00e0 personne, l\u00e0 maintenant, rouler sans fin, sans direction. Elle ne serait m\u00eame pas oblig\u00e9e d\u2019envoyer une carte \u00e0 ses parents. Puis, l\u2019instant passe. Elle reste.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle sonne \u00e0 la porte et, l\u2019espace d\u2019une fraction de seconde, elle voit se superposer toutes les fois o\u00f9 elle s\u2019est trouv\u00e9e l\u00e0, excit\u00e9e ou triste \u00e0 l\u2019id\u00e9e de voir Ga\u00ebl. Mais c\u2019est Raymond qui lui ouvre. Il est grand lui aussi et intriguant avec son allure de math\u00e9maticien perdu. Il est habill\u00e9, comme le jour de leur rencontre, d\u2019une chemise noire d\u00e9lav\u00e9e qui ne cache pas la rondeur affleurante de son ventre. Ses manches sont retrouss\u00e9es et son jean, noir aussi, est us\u00e9 aux genoux. Il n\u2019a pas fait d\u2019effort particulier pour elle. Ses cheveux gris sont \u00e9bouriff\u00e9s. Mais il sent bon. Il porte sur lui une odeur organique de plantes. Elle le remarque pour la premi\u00e8re fois&nbsp;: ses yeux sont habit\u00e9s de la m\u00eame couleur de ch\u00e2taigne fraiche que ceux de Ga\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p>Raymond l\u2019invite dans le salon, lui serre un verre. Elle s\u2019enfonce dans le canap\u00e9, retrouve ses rep\u00e8res, l\u2019odeur du bois si caract\u00e9ristique de la maison. Elle l\u2019\u00e9coute parler du temps qu\u2019il fait, s\u2019excuser du d\u00e9sordre, il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s occup\u00e9 \u00e0 d\u00e9barrasser et trier les affaires de son fr\u00e8re. Sa voix lui para\u00eet diff\u00e9rente&nbsp;: plus assur\u00e9e, plus grave aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Am\u00e9lia, je voulais m\u2019excuser. J\u2019aurais d\u00fb me pr\u00e9senter imm\u00e9diatement quand je suis venu \u00e0 la distillerie. J\u2019ai bien vu que vous \u00e9tiez contrari\u00e9e dans la voiture.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oui, j\u2019\u00e9tais surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je suis d\u00e9sol\u00e9 de vous avoir mis dans cette position mais, vous comprenez, Ga\u00ebl ne m\u2019a connu qu\u2019un \u00e9t\u00e9 et il pensait que j\u2019\u00e9tais son cousin. Je ne me sentais pas \u00e0 l\u2019aise, je ne savais pas comment pr\u00e9senter les choses.\u00a0\u00bb\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Am\u00e9lia acquiesce, dit qu\u2019elle comprend. C\u2019est vrai, elle comprend. Les secrets, elle conna\u00eet. Raymond est assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, une bouteille de vin \u00e0 la main. L\u2019\u00e9tiquette est trop ancienne et ab\u00eem\u00e9e pour \u00eatre lue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vous n\u2019avez pas froid ? J\u2019ai fait du feu mais ce n\u2019est peut-\u00eatre pas assez&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est vrai qu&rsquo;il ne fait pas chaud. Elle le lui dit. Am\u00e9lia regarde autour d\u2019elle et observe un salon parfaitement rang\u00e9, comme elle l\u2019a toujours connu. Pourtant, quelque chose la tracasse. Cela fait plusieurs semaines que Raymond est arriv\u00e9 pour vider la maison et, contrairement \u00e0 ce qu\u2019il dit, tout est encore en place. Quelques cartons sont pos\u00e9s dans un coin mais ils ne contiennent rien. Le seul changement qu\u2019elle remarque sont les trois photographies pos\u00e9es sur la chemin\u00e9e. Elle ne les avait jamais vues. L\u2019une repr\u00e9sente Ga\u00ebl enfant avec son p\u00e8re, une autre les employ\u00e9s de la distillerie et la derni\u00e8re un autre enfant avec sa m\u00e8re au bord d\u2019un lac.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Am\u00e9lia, vous \u00eates avec moi&nbsp;? Raymond semble contrari\u00e9 de ne pas avoir son attention.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oui, je vous \u00e9coute, excusez-moi. Au t\u00e9l\u00e9phone, vous disiez que je pourrais r\u00e9cup\u00e9rer des affaires, des choses qui pourraient m\u2019\u00eatre utiles ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Bien s\u00fbr, cette maison contient plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de meubles, d\u2019objets, de souvenirs. Je ne sais pas quoi en faire. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 mis de c\u00f4t\u00e9 quelques cartons pour vous, des livres, des archives de la distillerie principalement. Des v\u00eatements aussi. Vous voulez y jeter un \u0153il&nbsp;? Tout est dans la chambre de Ga\u00ebl.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La chambre de Ga\u00ebl\u2026l\u2019id\u00e9e d\u2019y entrer pour la premi\u00e8re fois sans lui l\u2019effraie. Elle ne veut pas faire comme si elle n\u2019y \u00e9tait jamais all\u00e9e. Elle ne va pas feindre la surprise. Elle monte les premi\u00e8res marches de l\u2019escalier. Raymond est derri\u00e8re elle, tout pr\u00e8s. Arriv\u00e9e en haut, Am\u00e9lia s\u2019appara\u00eet \u00e0 elle-m\u00eame dans le grand miroir dor\u00e9 qui surplombe le palier, accroch\u00e9 sur le mur. La porte de la chambre est juste sur la droite. Mais, au moment de l\u2019ouvrir, le reflet de Raymond appara\u00eet derri\u00e8re le sien.<\/p>\n\n\n\n<p>Son sourire affable a disparu. Son regard est enti\u00e8rement tendu vers elle.<\/p>\n\n\n\n<p>La chambre est plong\u00e9e dans la p\u00e9nombre. Une lampe est pos\u00e9e au sol. Son abat-jour en tissu, couleur de perle, ne laisse passer qu\u2019un fant\u00f4me de lumi\u00e8re, qui survole un tas de carnets et de papiers au milieu de la pi\u00e8ce. L\u2019ensemble des meubles a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9 contre les murs et leur pr\u00e9sence se devine \u00e0 peine. Am\u00e9lia se dirige instinctivement vers le lit, caresse l\u2019\u00e9dredon d\u2019un mouvement doux. Elle s\u2019assoit au bord, hors de port\u00e9e de la lumi\u00e8re, et elle parle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Lui et moi&#8230;nous avions quelque chose de fort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je sais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vous savez&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je crois, oui. Il \u00e9tait plus que votre patron ou que votre mentor. Raymond est toujours dans l\u2019embrasure de la porte. Il ressemble \u00e0 une ombre, ses yeux luisent l\u00e9g\u00e8rement. <\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je sais d\u2019autres choses encore, il s\u2019approche, ramasse un des carnets au sol. \u00c0 pr\u00e9sent, il n\u2019est plus qu\u2019\u00e0 quelques pas. Vous devez vous sentir seule maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette derni\u00e8re phrase fait sourire Am\u00e9lia. Elle r\u00e9pond&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non, pas tant que \u00e7a. Je prie tous les soirs, \u00e7a m\u2019aide.<\/p>\n\n\n\n<p>Raymond soupire, il s\u2019assoit sur le lit \u00e0 son tour. Dans la semi-obscurit\u00e9, il enl\u00e8ve une poussi\u00e8re imaginaire sur la couverture du carnet qu\u2019il tient sur ses genoux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Am\u00e9lia, racontez-moi la nuit o\u00f9 Ga\u00ebl est mort. Vous \u00e9tiez pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0 quand les autres l\u2019ont trouv\u00e9. Je suis partie t\u00f4t. Je ne lui ai m\u00eame pas dit au revoir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vous n\u2019aviez pas le c\u0153ur \u00e0 faire la f\u00eate, Am\u00e9lia&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ga\u00ebl a \u00e9t\u00e9 blessant ce soir-l\u00e0. J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas rester. Am\u00e9lia se ferme, elle ne veut plus parler. Raymond, lui, a les yeux dans le vague, il frotte de son doigt la tranche du carnet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Am\u00e9lia. Je ne voulais pas en arriver l\u00e0 mais tu ne me laisses pas le choix.&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble h\u00e9siter un instant, ouvre le carnet. Il en sort une feuille de papier. Am\u00e9lia n\u2019a pas besoin de la regarder longtemps. Elle reconnait imm\u00e9diatement l\u2019\u00e9criture de Ga\u00ebl, serr\u00e9e et ratur\u00e9e \u00e0 de nombreux endroits. Au moins, il a eu du mal \u00e0 l\u2019\u00e9crire cette foutue lettre. Elle n\u2019a pas non plus besoin de la lire, elle en connait d\u00e9j\u00e0 chaque mot. C\u2019est un brouillon de lettre de licenciement. Son licenciement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Apparemment, il n\u2019a pas eu le temps de la terminer. Peut-\u00eatre n\u2019en avait-il pas vraiment l\u2019intention. Mais les motifs Am\u00e9lia, les motifs qu\u2019il invoque sont int\u00e9ressants&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi r\u00e9p\u00e8te-t-il sans cesse son nom&nbsp;? Am\u00e9lia commence \u00e0 s\u2019agacer de ce tic ridicule.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Raymond, il n\u2019avait pas de motif. Pas de motif professionnel en tout cas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 ll parle de comportements obsessionnels, de conflits incessants avec l\u2019\u00e9quipe, de chantage affectif. Il dit que vous le harceliez. Pourquoi est-ce que vous riez ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Parce que vous \u00eates effrayant. C\u2019est effrayant d\u2019\u00eatre aussi na\u00eff. Je n\u2019\u00e9tais pas obsessionnelle. Ga\u00ebl et moi, nous \u00e9tions ensemble depuis deux ans. Je dormais ici tous les samedis.<\/p>\n\n\n\n<p>Raymond se l\u00e8ve, allume la lumi\u00e8re. Elle donne une apparence diff\u00e9rente \u00e0 la pi\u00e8ce. D\u2019abord, Am\u00e9lia cligne des yeux, essaie d\u2019ajuster sa vue \u00e0 la violence de la luminosit\u00e9 nouvelle. Quand sa vision se stabilise, elle voit le fr\u00e8re de son amant au centre de l\u2019espace, face \u00e0 elle. Autour d\u2019eux, les murs sont recouverts de traces sombres. On dirait de la terre. Il y en a aussi sur le sol. Dans l\u2019\u00e2tre de la chemin\u00e9e, il y a des fleurs s\u00e9ch\u00e9es, un bouquet de sauge frais, des bougies \u00e9teintes et, dans une boite de verre, une longue m\u00e8che de cheveux blancs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oui les samedis, ce serait bien.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu\u2019est-ce que vous dites&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu\u2019on pourrait se voir les samedis, ce serait id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>La couleur de ses yeux semble avoir l\u00e9g\u00e8rement fonc\u00e9. Ils sont plant\u00e9s sur Am\u00e9lia, comme la garde de son sourire de dague.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je pourrais me d\u00e9barrasser de cette lettre, je le veux, je le veux tr\u00e8s fort. Je ne voudrais pas que tu aies une mauvaise r\u00e9putation ou que tout \u00e7a vienne aux oreilles de tes coll\u00e8gues, ou m\u00eame de tes parents. Mais tu devras \u00eatre reconnaissante.<\/p>\n\n\n\n<p>Le visage de Raymond est travers\u00e9 par un rictus, le m\u00eame que Ga\u00ebl le soir de sa mort. Am\u00e9lia est ramen\u00e9e trois mois plus t\u00f4t dans la cave de <em>An Hu\u00f1vre<\/em>. D\u00e9j\u00e0, \u00e0 cette \u00e9poque, elle ne s\u2019\u00e9tait pas laiss\u00e9e faire. Aujourd\u2019hui, non plus. Elle est forte de toutes ses pri\u00e8res et son dieu r\u00e9pond toujours. Elle se l\u00e8ve \u00e0 son tour. Elle sait ce qu\u2019elle doit faire. Elle court \u00e0 travers la pi\u00e8ce. M\u00eame si Raymond se tient plus droit et para\u00eet plus vigoureux, il reste un homme us\u00e9 par des d\u00e9cennies de peur. Le temps qu\u2019il comprenne, elle est d\u00e9j\u00e0 dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019engouffre dans la cour. Un cri r\u00e9sonne derri\u00e8re elle. C\u2019est Raymond qui l\u2019appelle, paniqu\u00e9, mais elle n\u2019a pas peur&nbsp;; elle ne s\u2019arr\u00eate pas. Au contraire, ce cri, elle le savoure dans sa course. Enfin, elle est arriv\u00e9e, devant la porte noire de la cave. Il lui semble que, depuis la nuit de la mort de Ga\u00ebl, un morceau de son esprit est rest\u00e9 l\u00e0, plong\u00e9 dans un bain d\u2019eau grise. C\u2019est ici qu\u2019elle a demand\u00e9 des explications \u00e0 Ga\u00ebl sur le brouillon de licenciement&nbsp;\u00ab&nbsp;oubli\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;sur son bureau. C\u2019est ici aussi qu\u2019elle l\u2019a \u00e9trangl\u00e9 de rage avec une vieille corde qui trainait au sol. Ensuite, elle ne se souvient de rien, ni d\u2019avoir d\u00e9plac\u00e9 son corps au garage, ni d\u2019avoir descendu la poulie. Elle s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e le lendemain dans une aube froide au milieu d\u2019un champ, deux kilom\u00e8tres plus loin. Elle avait un go\u00fbt de cendre dans la bouche et des br\u00fblures en forme de filament sur les hanches et les fesses. D\u00e9sormais, elle n\u2019a qu\u2019\u00e0 pousser la porte pour se souvenir et se d\u00e9fendre. Elle ne craint rien car elle sait qu\u2019Il l\u2019accompagne, le Serpent qu\u2019elle prie depuis ses quinze ans. Elle r\u00e9cite&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quand je marche dans la vall\u00e9e de l\u2019ombre de la mort,<br>Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi&nbsp;:<br>Ton fouet et tes crocs me rassurent.<br>Tu te dresses devant moi glorieux et nu,<br>En face de mes adversaires&nbsp;;<br>Tu oins de sang ma t\u00eate,<br>Et ma coupe d\u00e9borde.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Raymond arrive derri\u00e8re elle, haletant. Elle entend sa respiration.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab&nbsp;Je lui ai promis de ne jamais venir le samedi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Moi, je n\u2019ai rien promis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Si tu ouvres cette porte, je ne sais pas ce qu\u2019elle va faire<em>&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, elle ne fait rien. Elle reste immobile, nue dans sa baignoire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019eau la recouvre enti\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>Sauf la bouche, sauf le nez.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle hume les odeurs autour d\u2019elle. \u00c7a sent la terre humide, les murs froids. \u00c7a sent les humains malpropres. Le vent s\u2019est lev\u00e9 et le bruit des bourrasques lui arrive distordu. La conscience du temps lui revient doucement. Elle sort d\u2019abord la t\u00eate de l\u2019eau, puis ses bras qu\u2019elle a tr\u00e8s longs. Elle s\u2019assoit, prend son cou dans ses mains. Elle t\u00e2te sa maigreur. Renifle sa peau.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se l\u00e8ve, d\u00e9goulinante. L\u2019eau coule le long de ses seins \u00e9vid\u00e9s, de ses hanches d\u00e9charn\u00e9es. Ses doigts s\u2019entortillent dans ses cheveux gris. Elle ne fait aucune r\u00e9ponse \u00e0 leur intrusion dans son royaume. Son torse creux est prolong\u00e9 par une queue d\u2019\u00e9cailles brunes qui clapote dans une eau odorante de fleurs et de mort. Puis, elle sourit de ses dents pointues. Alors Am\u00e9lia sait qu\u2019elle vient de trouver la magicienne. Ses pri\u00e8res sont les m\u00eames que les siennes. Elles sont deux vouivres, une ancienne et une en devenir. Dans la baignoire, elles prennent tout leur temps. Elles sont chez elles et leurs histoires seront racont\u00e9es, elles le savent. C\u2019est ce que M\u00e9lusine lui susurre \u00e0 l\u2019oreille tandis que le corps de Raymond \u00e9ventr\u00e9 repose dans un coin de la cave.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:44px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Kishi Bashi - Carry On Phenomenon (Official Audio)\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/CJj0ZEDWcsY?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:44px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-background\" style=\"border-width:4px;background-color:#cc5a43\"><strong>Voil\u00e0, nous arrivons au bout de l&rsquo;histoire de <em>Natrix Somnia<\/em>, nouvelle de presque 13 000 mots que je vous livre feuilletonn\u00e9e, tous les quinze jours depuis le mois d&rsquo;octobre. N&rsquo;h\u00e9sitez pas \u00e0 me dire ce vous en avez pens\u00e9 en commentaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd&rsquo;hui, avec ce dernier chapitre de Natrix Somnia, vous allez enfin d\u00e9couvrir ce qu&rsquo;il se passe dans la cave de An Hu\u00f1vre, qui est la cr\u00e9ature et ce qui est r\u00e9ellement arriv\u00e9 \u00e0 Ga\u00ebl. \u00c7a va \u00eatre intense !<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1001,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[59,3],"tags":[66,69,73,71],"class_list":["post-1167","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-natrix-somnia","category-nouvelles","tag-cave","tag-magie","tag-melusine","tag-priere"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/lettresdephobos.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/52719759542_0b5988618e_c.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1167","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1167"}],"version-history":[{"count":43,"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1167\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1676,"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1167\/revisions\/1676"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1001"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1167"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1167"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lettresdephobos.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1167"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}